« A quoi » ou « pour quoi » résistent les salariés ? Quelles formes prend la résistance contemporaine ?
Vos témoignages peuvent nous aider à répondre à ces questions. Les données recueillies sont destinées exclusivement à l'équipe de recherche. Vos témoignages pourront faire l'objet d'une publication après réécriture par nos soins visant à garantir votre anonymat et celui des protagonistes évoqués (cf ci-dessous nos termes et conditions ). Vos coordonnées nous permettront de vous recontacter si besoin est pour obtenir les informations supplémentaires nécessaires à nos recherches. Si par ailleurs vous avez d'autres sources d'informations sur la thématique de la résistance en milieu organisationnel (blog personnel, sélection de sites.), n'hésitez pas à nous contacter à l'adresse suivante : jeresiste@em-lyon.com. De même, si vous avez des questions sur notre projet. Merci de faire connaître notre site aux personnes de votre connaissance.
97 - Lutter pour la reconnaissance, se syndiquer, surmonter sa peur d’être trop seul
Contractuel dans la fonction publique et responsable d'une petite unité (une dizaine de personnes) d'informaticiens, j'ai demandé et obtenu de passer à temps partiel (90%), dans le but de disposer de plus de temps libre personnel, car j'avais accumulé plusieurs centaines d'heures supplémentaires (non rémunérées dans la fonction publique).
J'aimais animer l'équipe, partager mon énergie entre l'animation et l'organisation de l'équipe, servir d'intermédiaire entre les autres équipes "clientes" et les "producteurs" que nous étions, une "production" sous forme d'analyses informatiques, de montages de dossiers et de réalisations de programmes.
Hélas, dans le cadre de la mobilité imposée, (mais je ne l'ai compris que plusieurs mois après), il m'a été demandé de changer de poste et d'aller chercher ailleurs. Au début, durant l’année qui suivit, se fut sous la forme d'une invitation. Mais comme cela ne se couronnait pas de succès, l'invitation se transforma en ultimatum l'année suivante. Malgré des recherches effectuées sincèrement, ne parvenant pas à trouver un poste intéressant, ma hiérarchie m’a signifié que mon poste actuel avait été proposé à un candidat déjà sélectionné.
Dès lors, ce fut un affrontement direct avec un sous-directeur... Pour aboutir à une "négociation", en me faisant accompagner d’une syndicaliste efficace. A priori, il nous sembla que la solution proposée permettait aux deux parties d'obtenir l'essentiel : pour ce responsable, la libération de mon poste, et pour moi, la création d'une fonction à laquelle j'aspirais depuis plusieurs années.
Malheureusement, dans ma nouvelle fonction je fus rapidement exclu de toutes les réunions, et je n'étais plus du tout sollicité par qui que ce soit. Le travail au sein de la sous-direction ne manquant pas, je trouvai rapidement à me saisir de dossiers qui me parurent utiles et ma hiérarchie directe locale m'encouragea dans cette voie. Rien n’y faisait, les liens avec les autres acteurs se distendaient, mes actions ne furent guère, voire plus du tout relayées et ce pendant 5 à 6 ans.
Devant toutes ces désaffections, ma motivation s'émoussa, mais je croyais encore à l'utilité de mes réalisations. J'ai essayé de résister à l'injonction de quitter mon poste. J'ai négocié et affronté des "rencontres musclées verbalement" avec ma hiérarchie (menaces d'y laisser des plumes, autoritarisme). j'ai tenté d'apporter des outils utiles, de qualité.
Mais durant tout ce temps, j’ai véritablement ressenti ce qu’est la souffrance dans le travail, ce qui la déclenche. Je crois aujourd'hui que seule l'action collective nous permettra d'aller chercher ce que nous sommes en droit d'obtenir d’une manière ou d’une autre : la reconnaissance.
Pour ma part, je me suis orienté vers l'action syndicale et j'ai participé à la création d'un syndicat de lutte, refusant le syndicalisme d'accompagnement. La tâche est immense et il faut vraiment y croire tant les attentes sont nombreuses alors que les soutiens et participations sont si rares. Je résiste désormais par ce moyen : informer, faire avec nos (tout petits) bras, nos (trop faibles) moyens, mais faire, discuter, informer, et informer encore. J'essaie de reproduire le cheminement qui m'a amené à prendre conscience et lutter contre cette course au profit immédiat et non partagé.
Je milite et je cherche comment faire partager cette conviction et l'envie de résister. Il me semble qu'il nous faudrait, dans un premier temps, nous compter : pour prendre conscience de notre immense force lorsque nous "y allons".
Comment vaincre cette peur d'être trop seul, quand on se sent parmi les premiers à y aller ? Telle est la question qui me taraude, chaque jour.
Solidairement. Badock.