Pourquoi s'intéresser à la question de la résistance en milieu professionnel alors que tant a déjà été écrit sur ce thème ? Les histoires de résistance proposées ici visent à analyser un sujet qui mérite d'être repensé à l'aune de plusieurs
phénomènes : la globalisation des entreprises et la financiarisation de leur gestion, l'individualisation de la relation d'emploi, la montée de nouvelles valeurs, la revendication de nouvelles identités par les experts et les cadres en particulier. Tandis que certaines histoires sont tirées de sources bibliographiques qui traitent de la résistance dans les organisations contemporaines, d'autres proviennent des témoignages que vous avez bien voulu déposer. Ceux-ci sont toutefois réécrits par nos soins afin de garantir votre anonymat et celui des protagonistes évoqués.
Tout a commencé l'année dernière avec l'arrivée du nouveau DG. Au début rien à dire. Il disait vouloir nous écouter. Et puis peu à peu, il est devenu plus distant. On a trop rien dit. Ca paraissait normal. il avait du boulot, nous aussi. Ensuite, il nous a annoncé l'embauche d'un directeur administratif. Il a dit qu'il ne pouvait pas tout faire et que comme ça, il aurait plus de temps pour les dossiers stratégiques.
Le directeur et arrivé avec son assistante. Mine de rien cela faisait deux nouvelles embauches. C'est bien, mais il faut pouvoir les payer. En fait, c'est d'autant plus mal passé qu'en même temps on nous a dit qu'il fallait réduire nos frais. On nous a demandé de faire attention quand on emmène les clients au restaurant.
Maintenant même pour acheter une broutille il faut obtenir l'aval de la nouvelle équipe. Ca doit leur coûter cher à tout surveiller. Ca fout une ambiance infecte mais c'est comme ça. On fait le métier depuis 15 ans mais il faut tout justifier. Comme si l'on avait rien d'autre à faire.
Moi j'en ai pris mon parti. Je vais aller voir ailleurs. après tout à mon âge c'est pas plus mal. Il faut que je me bouge. On m'avait fait des appels du pied. Je n'avais pas répondu car j'étais bien. J'avais un boulot pratique. Mais je sens que ça risque de ne pas durer. Il vaut mieux prendre les devants avant de se retrouver à négocier dans de mauvaises conditions. Je me donne six mois pour trouver autre chose. Je sais que c'est dur en ce moment, mais je ne me fais pas trop de souci. je vais me débrouiller pour renouer des anciens contacts. Ca me fera quelques déplacements supplémentaires mais je m'en fous. Ils pourront bien penser ce qu'ils veulent. moi je serai parti.